Samedi 16 mai 2009
J'ai emmené les enfants voir un psy, en fait deux. Une psychologue et un pédo-psychiatre. Ils ne m'inspiraient pas confiance. Il fallait parler à demi-mots sans rien dire de ce père mauvais mari, qui oubliait ses enfants. De sa violence sans raconter. Mes enfants s'en sont "bien sortis". Les psy les trouvaient très bien. Pas de deuil pathologique en perspective.
En effet, c'est moi qui ai pleuré
C'est moi qui suis pleine de colère
Pleine de culpabilité
Pleine de regrets, de remords et de haine
C'est moi qui suis pleine de peur d'être abandonnée, encore
C'est moi qui suis épuisée, à bout.
Qui m'entendra ?
Qui m'aidera ?
Par Esther Bonheur
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Mercredi 13 mai 2009
Demain, j'emmène les enfants voir un équipe de psy. Comment dire sans que les enfants comprennent ce qu'ils savent déjà?
Par Esther Bonheur
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Dimanche 10 mai 2009
Demain, je retourne voir ma psy. Cela faisait trop longtemps pas terrible ce délai. Peut-être que je devrais en changer, mais elle connaît mon histoire depuis un moment.
Par paresse de devoir tout réexpliquer, je reste.
Par Esther Bonheur
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Vendredi 8 mai 2009
Je n'osais pas venir ici. Ecrire ici. Comme si l'homme que je viens de rencontrer pouvait en connaître l'adresse.
Je reviens, j'ai tant à dire.
Oui, je l'ai rencontré un 1er avril, comme un poisson.
Depuis, nous sommes devenus amants. Il m'a fait jouir et moi aussi.
Depuis, nous sommes devenus amis. Il m'a fait rire et moi aussi.
Il se protège, se tient à l'écart, me tient à distance. Moi aussi, par la force des choses. D'une certaine façon, j'apprécie qu'il ne me harcèle pas, qu'il ne me parle pas de vie en commun, de projet d'avenir que je ne pourrais pas tenir. En même temps, évidemment, cela me manque.
Il prétend ne pas savoir ce qu'est d'être amoureux, n'avoir jamais connu l'amour. En tout ca, avec moi, il simule bien: visite surprise avec bouquet de roses, dix ou vingt messages par jour, mots doux, attention, patience.
J'ai envie d'en rencontrer d'autres, pour me protéger, ne pas trop m'attacher, ne pas souffrir comme il le dit. Il craint que je devienne accro. Pas maintenant. Plus mon genre. Pas le temps.
A force de ne pas vouloir que je m'attache, cela risque de lui arriver, que je ne m'attache pas. Et alors, tant pis pour lui!

Défi relevé : il est installé socialement, gagne correctement sa vie, est un homme bien avec sa famille. Je repense à la façon dont j'étais impressionnée, avant. A présent, c'est lui qui est impressionné par moi.
En tirer la leçon.
Par Esther Bonheur
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Mardi 31 mars 2009
Nous avons parlé à table de l'interdiction de frapper.
Mon fils a paru étonné :
- Mais pourtant, Papa, il le faisait, lui.
- Il avait tort. Ce qu'il faisait était mal.
- Pourquoi tu n'as pas porté plainte, alors ?
Je m'étrangle un peu. Oui, je savais que j'aurais ce genre de questions un jour. Mais pas si tôt ! Il est si jeune! Je lui réponds une partie de la vérité:
- Parce que je ne voulais pas qu'il aille en prison.
Mon fils reste songeur.

Moi aussi.
Quelles graines tout cela laisse-t-il en eux (ma fille ne disait rien mais elle écoutait)? Qu'est-ce que cela deviendra plus tard? Comment est-ce que cela influencera leurs relations sociales et amoureuse? Que puis-je faire?

Quelque part, je suis contente qu'il se souvienne. Au moins, je n'aurais pas à lui mentir sur un père idéal.
Par Esther Bonheur
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Lundi 30 mars 2009
Je suis allée chez ma psy. Grand bien m'en a pris!
J'en ressors éclairée, en plus grande harmonie avec moi-même.
Je lui ai parlé de la mort de mon mari, de mon amant, de la maîtresse de mon mari, de ma réaction énorme à cette misérable trahison.
J'ai compris, un noeud dans mon ventre s'est dénoué d'un coup, que j'exprimais simplement toute la douleur que j'avais contenue jusqu'ici, toute ma jalousie, mon honneur piétiné.
A l'époque où mon mari a pris sa maîtresse, je l'ai vu comme un soulagement. Je n'en pouvais tellement plus de ses assauts! Et tout le reste: la jalousie, l'humiliation, la colère, tout est passé après. C'était mon sentiment de survie qui dominait, qui s'exprimait. C'était tout ce qui comptait.
Plus d'une fois je me suis dit que si je l'aimais vraiment, je n'aurais pas supporté ce qu'il me faisait subir.
Il l'a installée à côté de nous. Je l'ai traitée en égale, en être humain. Je lui ai confié mes enfants à garder. Je l'ai considérée comme une amie.
Et elle m'a trahie. Elle a cherché à m'enfoncer, à me détruire. La psy la dit perverse. Me prendre mon mari, puis mon amant. Oui, c'est de l'acharnement.
J'avais choisi inconsciemment de traiter tout cela avec distance, non avec hauteur, mais simplement pour me protéger, me préserver. Je n'aurais pas dû l'emmener à l'enterrement. Là n'était pas sa place.
A présent, je sais. Mon instinct de lionne blessée a parlé. Mes enfants resteront à l'écart d'elle. Je resterai à l'écart d'elle. Je ne veux plus de contact avec elle. Les choses et les gens reprennent leur place naturellement dans mon esprit.
Quant à mon amant, pareil. Il n'existe plus pour moi désormais. Je garde le bon souvenir du bien qu'il m'a apporté bien malgré lui. Ce n'est pas étonnant qu'il ne m'ait pas cru quand je le lui disais: il est incapable de faire le bien.

J'avais abdiqué, j'étais à terre, il n'y avait plus qu'à m'achever.
Mais c'est fini tout cela. Je relève la tête.
Et je pars
chasser
le doute
et suivre
mon instinct.
Par Esther Bonheur
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Lundi 30 mars 2009
Je me suis inscrite sur un site de rencontres sur Internet. Comme pour effacer la dernière comme j'effacerais un tableau noir.
Je regarde, j'essaye de comprendre mon attitude vis-à-vis des hommes qui m'attirent.
Ceux qui sont bien sous tous rapports me paraissent inabordables : uns sorte de luxe dans ce catalogue de relations potentielles.
Je fuis désormais tous ceux qui sont illetrés ou pas loin, comme l'était mon amant. J'exagère mais à peine. Je devais faire une explication de texte à chacune de mes phrases. Pénible. Les classes sociales existent, et l'amour a du mal à les transcender.
Je fuis aussi les hommes bohèmes, chômeur à 40 ans mais artiste. Ce sont les pires. Ceux qui pompent tout.
Je m'intéresse aux plus jeunes que moi, pour leur vigueur virile attendue. J'ai besoin de ça.
Et pour le reste, je réponds aux avances des laids, des gros, du moment qu'ils sont établis socialement. Cela me rassure. Je me dis qu'ils sont à ma portée, qu'ils ne sauraient me rejeter. C'est une sorte de transition, en attendant que je me respecte suffisamment. Je crois que, déjà, si j'arrive à séduire un homme bien à l'exception du physique, je le vivrais comme une victoire. Je me sens si nulle, si moche, si grosse, si dégoulinante de larmes, de graisse, de peine. J'ai besoin d'être rassurée, protégée, sécurisée, plus qu'aimée je crois.
Quand je vais bien, je sais que je suis exceptionnelle, brillante, délicieuse, cultivée, attentionnée, gentille, patiente, gaie, spontanée, pétillante, drôle et même attirante à certains égards, du moins habillée.
Tout à l'heure, je vais revoir un psy, cela faisait longtemps, gouffre des Danaïdes.
Par Esther Bonheur
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Dimanche 29 mars 2009
Depuis que je le sais, je me sens trahie, bafouée, humiliée.
Je pleure beaucoup.
Je veux mettre des verrous à ma porte, des rideaux à mes fenêtres pour n'être pas vue.
Je ne veux plus les voir, plus leur parler.
Oui, c'était malsain dès le départ, même si je me voilais la face, par commodité ; mais je crois que, là, je ne saurais en supporter davantage.
Je vais appliquer ce en quoi je crois.
Par Esther Bonheur
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Samedi 28 mars 2009
L'incroyable s'est produit: la maîtresse de mon mari vient de m'avouer qu'elle était devenue la maîtresse de mon amant!
Cela m'a touchée au-delà de l'entendement. D'abord, il y a un côté feuilleton télé qui me ferait rire. Il y a un côté pathologique et pathétique aussi.
Depuis deux jours que je le sais, je n'arrête pas de pleurer. Oui, j'étais amoureuse de lui, même si c'est incompréhensible. Et je me sens doublement trahie.
Mais que faire ?
Je me sens impuissante. Je voudrais leur faire ressentir mon chagrin. Qu'ils l'éprouvent dans leur chair.
Au moins, mon mari ne m'a jamais trahie, quand il a commencé cette liaison, il me l'a dit dès le lendemain, je l'ai apprécié.
Mais là, peut-être qu'il aurait été préférable que je ne sache rien, jamais. Sauf que j'aurais bien fini par m'en apercevoir.
Ma peine, y compris dans le sens carcéral, n'est pas finie.
Et le chagrin de la perte de mon mari m'étreint au fond de mon coeur.
Par Esther Bonheur
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Mercredi 25 mars 2009
Oserai-je l'avouer? Il me manque, mon mari me manque. Son amour éperdu et désespéré. Cela avait quelque chose de rassurant et d'effrayant. C'est une partie de moi qui languit après une partie de lui. J'aimais me lover dans ses bras. J'aimais qu'il me serre très fort. J'aimais sa chaleur qui me pénétrait jusqu'au fond de mon coeur. J'aimais sa sensibilité, l'émotion qu'il montrait chaque fois qu'il me regardait. Oui, je crois qu'aucun homme ne m'aimera jamais comme lui m'a aimée. Et cela inclut le meilleur et le pire. Moi aussi, je l'ai aimé.
Par Esther Bonheur
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