Lundi 19 octobre 2009
Au nom de mes enfants, j'ai dû ouvrir l'enveloppe de mon sultan.
Chaudière en panne, froid glacial. Les pulls et les couvertures ne suffisaient plus. Misère !
Alors, je me suis décidée. Le réparateur est venu et le miracle s'est produit : nous avons chaud à la maison!
Merci à lui.
Par Esther Bonheur
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Lundi 19 octobre 2009
La prostitution n'est pas interdite en France, c'est le proxénétisme qui l'est, comme le racolage, chacun ainsi défini par la loi:

Article 225-5

Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit :

 

1° D'aider, d'assister ou de protéger la prostitution d'autrui ;

 

2° De tirer profit de la prostitution d'autrui, d'en partager les produits ou de recevoir des subsides d'une personne se livrant habituellement à la prostitution ;

 

3° D'embaucher, d'entraîner ou de détourner une personne en vue de la prostitution ou d'exercer sur elle une pression pour qu'elle se prostitue ou continue à le faire.

 

Le proxénétisme est puni de sept ans d'emprisonnement et de 150000 euros d'amende.

 

Article 225-10-1

Le fait, par tout moyen, y compris par une attitude même passive, de procéder publiquement au racolage d'autrui en vue de l'inciter à des relations sexuelles en échange d'une rémunération ou d'une promesse de rémunération est puni de deux mois d'emprisonnement et de 3 750 Euros d'amende.

 

Récemment, deux affaires ont retenu mon attention. La première a vu un mari condamné pour avoir profité des revenus de sa femme qui se prostituait, par choix. L'épouse a promis de ne pas recommencer. En fait, c'est cela qui m'a interpellée. En quoi est-ce mal de se prostituer? C'est autorisé. Pourtant, le code pénal précise dans son article 225-6:

Est assimilé au proxénétisme le fait d'entraver l'action de prévention, de contrôle, d'assistance ou de rééducation entreprise par les organismes qualifiés à l'égard de personnes en danger de prostitution ou se livrant à la prostitution.

Ainsi, la loi exprime tacitement sa désapprobation sur la prostitution ("en danger de prostitution"). Les juges l'ont bien intégré puisqu'ils ont demandé à l'épouse de cesser son activité. Au nom de quoi ? L'article ne le précise pas.

Il est clair que la justice en France est très imprégnée d'ordre moral. Lorsque mon mari a eu des démêlés avec la justice à propos de ses photos, le procureur avait estimé "dommage que l'on ne puisse s'exprimer dans un tribunal sur la moralité de telles photos". A l'époque déjà, cela m'avait choquée. 

 

Deuxième affaire : une call-girl a été arrêtée pour racolage sur internet. Elle avait passé une annonce explicite, comme il y en a des dizaines, voire des centaines sur le web. Pourquoi elle particulièrement? Pour l'exemple probablement, d'autant qu'elle est étrangère, repartira dans son pays et que le procès n'aura pas lieu. Des vagues mais pas trop.

 

Tout cela concourt à l'objectif inavoué de vouloir supprimer la prostitution. Idiot, cette arrestation pour racolage sur internet. N'est-ce pas plus tranquille pour tout le monde, cette façon de se rencontrer ?

 

Surtout, la question de fond demeure : pourquoi vouloir à tout prix éradiquer la prostitution? Cela ne repose sur rien de logique. Seulement un reste de morale bourgeoise héritée du XIXème siècle.

Finalement, après l'expérience que j'ai vécue, je crois que la défense de la prostitution devrait faire partie du combat féministe.

Moi, comment ferais-je pour nourrir mes enfants si je n'avais pas ce recours? Est-ce la même société qui ne prévoit guère d'aide pour la veuve et l'orphelin? Est-ce la même qui me couperait les vivres que je tente d'obtenir par tous les moyens?

J'ai songé m'expatrier en Espagne ou ailleurs où la prostitution est légale et encadrée. Mais ma méconnaissance du pays et ma crainte de tomber sur des réseaux m'ont jusqu'à présent retenue. 

Lutter contre les réseaux de proxénétisme oui. Mais là... Ce doit être pour tenter de taxer les prostituées, de remplir les caisses de l'Etat.

En Chine, du temps des empereurs Yuan, les prostituées étaient fonctionnaires, logées, nourries et payées par l'Etat.

Dans la Mésopotamie antique, les femmes devenaient prostituées sacrées dans les temples, et ce rite était supposé ressourcer les hommes, leur redonner de la force et apporter de la fertilité à la terre nourricière.

Chez les Etrusques, les femmes se prostituaient afin de se constituer une dot pour leur mariage.

L'opprobe a commencé en Grèce, à Rome; le christianisme a suivi dans la même voie, bien que, au Moyen Age, la prostitution eût droit de cité ; ce fut l'arrivée de la Réforme au XVIème siècle que la prostitution a commencé à être pénalisée, puis criminalisée. 

Sachant que la plupart des prostitués sont des femmes (et les clients des hommes), peut-on établir un lien entre cette volonté féroce de la réprimer et la société machiste et sexiste dans laquelle nous vivons qui tend à maintenir les femmes en coupe réglée?

Par Esther Bonheur
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Dimanche 18 octobre 2009
Remonter la pente
Raide et glissante
Retomber en bas
Et beaucoup de chocolat

Se coucher,
Pleurer,
Et attendre
Moi si tendre,
Que l'on voit forte.
Derrière la porte
En vérité,
Si vous me voyiez :
Je suis par terre
A mordre la poussière.
Par Esther Bonheur
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Dimanche 18 octobre 2009
Il est différent, sans doute, mais de quelle façon?

Il me manipule et j'en suis consciente. Mon mari aussi.
Il veut me soumettre à ses désirs et repousser ses limites. Mon mari aussi.
Il veut me coacher dans ma vie quotidienne. Mon mari aussi.
Il me fait mal et me fait jouir. Mon mari aussi.
Il s'intéresse à moi et m'écoute. Mon mari aussi.

Eh bien, quoi ? La différence majeure, tu ne la vois pas, ou quoi ?!

Si, je ne la vois que trop bien. Elle touche le point précis de mes difficultés relationnelles avec les hommes.
L'argent.
Non seulement il ne me demande pas d'argent, mais il m'en a donné. Mon mari vivait sur ce que je gagnais, et trouvait que je ne travaillais pas assez. Il me faisait des crises terribles à ce sujet. J'avais l'impression d'être une pute et qu'il était mon mac. Même si c'était de l'argent "honnêtement" gagné. Et même plus qu'honnêtement, c'est de l'argent gagné avec mon sang, mes oeuvres.
Un jour, las de n'avoir pas assez sur son compte, il a pris ma carte de crédit, m'a extorqué le code et l'a gardée. Cela a duré plusieurs années. Sur mes relevés de compte, je regardais où il avait emmené sa maîtresse, ses amis. , les restaurants où il sortait. Cela me mettait en colère. Je faisais tout à la maison, je m'occupais des enfants entièrement, je travaillais. Et lui se contentait de dépenser mon argent. Malheureusement, mes colères déclenchaient les siennes, c'était sa façon de me prouver qui était le plus fort, qui criait le plus haut. Et ça se finissait mal pour moi. Oui, au bout d'un certain temps, usée, je n'ai plus rien dit. Je ravalai ma rage et mon humiliation, et je nourrissais des pensées noires et morbides.
Quand il est mort, c'est une des premières choses que j'ai vérifiées, qu'il avait toujours ma carte de crédit. Je l'ai reprise comme si j'avais repris ma liberté. 
J'ai vécu exactement la même chose avec le précédent, sauf qu'il ne faisait même pas mine de travailler. Le travail, c'était pour les autres, lui ne voulait pas s'user à cela. Au début, jeune et naïve (idiote pourrait en être synonyme), j'admirais cette dimension antisociale. J'aimais de ce côté rebelle. Quand on me demandait si ça ne me gênait pas de travailler pour lui, je répondais que je trouvais ça admirable qu'il puisse se le permettre. Même, je me souviens qu'il me méprisait d'aller travailler, d'aller gagner de l'argent. J'avais fini par en avoir honte.
Pour tous les deux, j'avais l'impression de devoir payer pour quelque chose. Mais je ne savais pas quoi. Je crois que je ne le sais toujours pas.
J'en suis désormais convaincue, l'argent, c'est ma liberté.
Je me suis jurée que plus jamais un homme ne me prendrait un centime. A présent, ce serait à eux de payer.
Je ne veux plus me donner pour rien.

Mais moi, je n'en ai pas fini avec ce que j'ignore. A mon sultant, je demande, je réclame des corrections sévères, parce que j'ai le sentiment d'en avoir besoin et cela me soulage de les recevoir.
Dans on "Introduction à la psychanalyse", Freud se demande si l'objectif de la psychanalyse est de guérir les perversions ou d'aider les patients à vivre avec sans souffrir ?
Cela me donne envie de pleurer, et je ne sais pas pourquoi.
Par Esther Bonheur
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Samedi 17 octobre 2009
Une nuit entière passée dans un grand hôtel. J'ai honte de l'avouer mais c'était aussi une petite évasion. Quand je vois des clients, je fais une pause dans ma vie de mère. Je m'habille hyper sexy, en vraie putain. Cela m'excite. Hier, c'était le pompon. J'étais comme un oignon, avec plein de couches à découvrir et à dévoiler: robe noire légère très sexy (dans le style de celle de portait Marylin dans "Sept ans de réflexion", dessous un corset en cuir qui me sculpte des formes affolantes, des escarpins de 15 cm noirs et rouges, presque obscènes, des bas résille, un décolleté plongeant, des cils noirs, démesurés qui souligne mon regard de velours. Au restaurant, les gens se retournaient sur mon passage. Sulfureuse, j'incarnais l'envie et le scandale. Des femmes se retournaient, se levaient de leur table pour mieux me voir. Evidemment, c'est une tenue que n'aurais pas osée à vingt ans. Mais là, j'ai le sentiment que je peux tout me permettre. Mon compagnon d'un soir est à la fois fier et gêné. Cela m'amuse. Il m'exhibe à son bras comme un objet de plaisir. Cela m'excite.
Dîner exquis. C'était une vraie soirée d'escorting, pour une fois. Je me suis intéressée à lui, je l'ai écoutée (je suis très douée pour l'écoute), je l'ai fait rire, je me suis pâmée devant lui. Il m'avait demandée de faire semblant que nous nous connaissions depuis longtemps. Au dîner, je l'ai fait parler sur sa femme, sur leurs relations sexuelles, ses frustrations, sa solitude. Peu de fellation, jamais de sodomie et le reste vite fait. J'aurais peut-être dû lui demander s'il était à l'écoute de sa femme, s'ils avaient essayé de parler, mais ce soir-là, je n'avais pas envie de jouer à la gentille fille qui est pour la paix dans les ménages. Ce n'était pas vraiment que je me sentais garce, juste pas envie de ce sempiternel discours. Certes, je me suis un peu ennuyée, mais la soirée restait agréable. En fait, après le repas, je n'avais qu'un désir: c'était me coucher et dormir. J'étais crevée de ma semaine de folie, entre mon travail normal et celui de maman.
En montant, nous avons pris un bain ensemble. Il a voulu toucher mes fesses, je l'en ai défendu. Il m'a dit qu'il en rêvait, puisque sa femme n'avait jamais voulu. Une autre fois, là, je me remets d'un client qui m'a déchiré le cul (évidemment, je ne le lui ai pas dit).
Il avait pris une suite, carrément, 1000 € la nuit ! C'est dingue ! Si j'avais su, je lui aurais demandé de me les donner et que l'on fasse ça dans le parking de l'hôtel ! Et dire qu'il avait commencé à négocier, le chien! La prochaine fois, je lui ferai plus cher. A la fin, il m'a dit qu'avec les professionnelles, c'était toujours moins bien. Sûrement parce qu'elles le font raquer plus!
Enfin, il était assez endurant pour un homme dans la cinquantaine. Il m'a baisée pendant une heure non stop. Lui, c'était la position du missionnaire. Sur ma demande, on l'a fait en levrette et moi sur lui, mais ça n'a pas duré longtemps. Il a joui 4 ou 5 fois dans la nuit. Il en avait vraiment besoin, le pauvre. C'est un marin, alors, je lui avais demandé d'apporter des cordes. Il m'a attachée, ça, c'était bien. Il m'a fait rire quand il m'a dit, sérieux, qu'il voulait être mon maître, qu'il voulait que je sois à lui. Là-dessus, il a encore des progrès à faire.
Il fut mortifié de ne pas réussir à me faire jouir. Je me suis caressée, et pour y parvenir, j'ai pensé à mon sultan. Il m'en a voulu de m'être caressée et d'avoir joui, l'idiot.
A un moment, il m'a supplié d'enlever la capote pour sentir ma chatte chaude et humide, et y éjaculer. Il a tenté de me convaincre en me parlant de statut social, de confiance.
Le préservatif, c'est comme l'argent, une protection contre les hommes. Cela me préserve des maladies, d'une grossesse, et aussi d'un vrai contact intime. Ma chatte, dans sa crue nudité, ils n'y ont pas droit. Un point, c'est tout.
Par Esther Bonheur
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Vendredi 16 octobre 2009
Est-ce une nouvelle épreuve qui m'est envoyée en la personne de cet homme-là?
Je craignais de retomber dans les mêmes travers. Voilà qu'ils se présentent en son incarnation.
Certes, il est différent des deux hommes que j'ai connus.
Le premier, je croyais l'aimer. Etrange comme la souffrance a effacé toutes les traces d'amour qu'il y eut peut-être entre nous. Je me souviens que j'appréciais son côté romantique, beau comme un éphèbe, son côté rebelle, asocial, son sens absolu de la musique, sa façon de m'aimer avec passion. Jusqu'au moment où je me suis rendue compte que j'étais devenue tout pour lui. Tout, c'était trop. Il en est devenu fou. Fou d'amour disait-il. J'ai compris, pour la première fois, la proximité de l'amour et de la mort. J'ai cru que je n'en sortirai pas. Ses crises me terrorisaient. Je me sentais honteuse. Je n'en parlais à personne. Il m'avait isolée du reste du monde, de ma famille, de mes amis. Je me souviens que je profitais d'aller faire des courses pour téléphoner en cachette à mes parents d'une cabine téléphonique. Je me souviens qu'il avait jeté des affaires à moi, des vêtements que j'adorais, un tailleur Thierry Mugler par exemple. Humiliation. Prise de pouvoir. Je me souviens qu'il avait déchiré mes papiers où j'écrivais ce que je ne pouvais dire. Ecartèlement. Je me souviens de mon ébahissement toutes les fois où il se mutilait et me menaçait. Cela paraissait irréel.
Sans lui dire, j'ai trouvé un nouveau travail. Il m'en a voulu, je serais moins présente avec lui, il ne voulait pas que l'on se sépare, même une heure. Je me souviens qu'au travail, tout le monde était enchanté, j'arrivais tôt, avant 9h et je partais tard, parfois à 22h. Je me souviens de l'angoisse qui montait dans mon ventre et me tenaillait sur le trajet du retour au "foyer" conjugal. Je me souviens que je levais la tête vers les fenêtres. Allumées, pas allumées? Là, pas là ? Le plus souvent, il était là. Il m'attendait, furieux de mon absence, et ça recommençait. Parfois, il disparaissait pendant trois jours sans rien me dire. J'étais morte d'angoisse. Il avait pris la précaution de me menacer de tout si je prévenais la police. Il voulait être libre d'agir. A l'époque, je n'y pensais pas. Je ne savais pas que ce n'était pas cela une belle histoire d'amour. Peut-être que je croyais le mériter. A la fin, nous ne mangions plus ensemble, nous ne dormions plus ensemble (dans un studio, ça en faisait un par terre), nous ne nous parlions plus. Jusqu'au jour où il m'a dit : "Tu veux que je parte?" Je n'ai pas osé répondre tout de suite, par peur de sa réaction, mais j'ai quand même dit "oui". Alors, il m'a dit : "Si tu me donnes ta voiture et tout ce que tu as sur ton compte, je pars".
J'ai couru à la banque, j'ai vidé mon compte, il y avait 2800 francs, je m'en souviens encore. Je suis remontée, je lui ai donné l'argent en tremblant, je lui ai montré les clefs de ma voiture sur la table. Puis, je suis partie travailler. Il n'y eut pas d'adieu, pas cette fois-ci (car, plus tard, il est revenu me harceler, mais j'avais trouvé un autre "protecteur"). J'ai passé la journée à penser à lui, partant, restant. Serait-il encore là? M'attendrait-il pour me quitter?
Je suis montée chez moi, comme d'habitude avec l'angoisse au ventre nouée. Là, c'était une angoisse double, mêlée d'une secrète espérance. Je me souviens avoir introduit la clef dans la serrure. La porte était verrouillée. J'ai compris qu'il n'était pas là. Je me souviens encore du soulagement immense, du sentiment de liberté totale que j'ai éprouvé alors. Quelque chose que l'on peut appeler un grand moment de bonheur à l'état pur. Je suis rentrée. J'ai vérifié partout qu'il n'était plus là. J'ai fermé à clef, inutile précaution, il avait gardé les siennes. Je n'ai jamais osé changer la serrure, par peur de lui, des représailles, c'était irrationnel, mais son emprise était telle. C'est ainsi que plus tard, en rentrant du travail, je l'ai trouvé chez moi. Il voulait m'emmener en Irlande, dans une ferme isolée de tout, sans eau, ni électricité, aucun confort. Je serais heureuse là-bas, avec lui, rien qu'à lui. Je me souviens qu'il sentait la fumée des feux de cheminée. J'ai dit oui. Puis, j'ai appelé au secours mon futur mari, que je venais de rencontrer. Ce fut étrange, il y eut comme une passation de pouvoir entre eux. Une sorte d'accord tacite. Mon ex comprenait que je serais entre de bonnes mains, et cela avait l'air de le satisfaire. En tout cas, après, il n'est plus jamais revenu. Il avait deviné avant moi, que j'étais passée d'une emprise à une autre.
Mais avant cela , j'ai eu quelques mois de liberté. Il est parti le 1er août, j'ai rencontré mon mari mi-novembre. Cela a fait trois mois et demi où je m'en suis donnée à coeur joie.
  Je voulais jouir de ma liberté. Comme jamais. J'avais encore besoin d'être protégée. J'ai commencé à surfer sur internet, à rencontrer des hommes, furtivement, vainement. Souvent, je ne concrétisais même pas, c'était juste pour voir si je pouvais séduire encore, si ça se voyait, tout ce que j'avais subi, si mon corps portait les stigmates de la souffrance endurée. Non, ils ne décelaient rien, ils ne voyaient que la jolie pin-up qu'ils avaient envie de clouer dans leur lit. Cela me faisait peur. Ce désir viril que je ne comprenais pas.
J'ai rencontré un homme éteint, faible, un pauvre type, minable socialement. Bizarrement, c'est le premier à m'avoir parlé avec des mots crus. C'était au téléphone. Je me souviens encore de ces mots qui m'ont déflorée et excitée à la folie. Avec lui, je suis passée à l'acte. Il m'a montré son appartement ridicule, petit, étroit, comme lui. Là, je suis devenue une salope, le décor m'avilissait, moi la princesse des beaux quartiers, je descendais dans la fange pour exulter. J'oubliais mon éducation, mes origines bourgeoises, mes références intellectuelles. Je laissais libre cours à mes fantasmes. Cela m'a effrayée.
Peu après, j'ai rencontré celui qui deviendrait mon mari. Comme il le fit plus tard, il me manipula pour me convaincre de le rencontrer. J'étais consciente de son pouvoir de manipulation, du coup, je pensais que j'y échapperais. Ce ne fut pas le cas. Je jetais le type aux mots crus comme une vieille chaussette; il me fit une scène à gros sanglots, en me disant qu'il se souviendrait de moi toute sa vie ; qu'il se rassure, moi aussi.
Et j'ouvris la porte de ma vie au loup. Qui allait prendre son temps pour me dévorer, toute crue, et cuite à la fin, aussi.

Aujourd'hui, avec mon sultan, ne suis-je pas en train de recommencer? De retomber?
Par Esther Bonheur
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Jeudi 15 octobre 2009
Je cherche à comprendre comment il a fait. Il est vrai que j'ai commis plusieurs imprudences. Mais, sachant que je ne fais rien par hasard (merci, Dr Freud !), peut-être est-ce que je voulais être dévoilée.
Naïvement, comme toutes les femmes, je me suis laissé bercer par ses belles paroles. C'est TB il n'y a pas si longtemps qui m'a fait prendre conscience de cela : les femmes adorent les compliments, qu'on les flatte. C'est facile de séduire une femme.  Elles ont tellement besoin de se sentir aimées qu'il suffit de prétendre les aimer.
Il ne veut plus me payer. Cela m'inquiète. L'argent est devenu pour moi une protection. Cela crée une distance salvatrice.
Pourquoi devrais-je accepter ses conditions? Qu'est-ce qui m'attire? Son intelligence, son écoute, sa voix?
Par Esther Bonheur
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Jeudi 15 octobre 2009
Je cours après le temps, tout le temps. Et pourtant, je passe mes soirées à parler avec mon sultan. Pourquoi?
Alors que je devrais travailler, rendre les textes que l'on attend de moi. Moi qui prétends que personne ne m'attend nulle part. C'est faux. Plusieurs de ceux qui me font travailler attendent, s'impatientent, me rappellent, se demandent pourquoi je ne rends rien, ce qui m'arrive, suspectent ma dépression, sans y croire, moi si battante, si gaie, si enthousiaste, comment pourrais-je être abattue par cette libération morbide?
Après la mort de mon mari, j'ai senti un soulagement dans mon entourage aussi. Même ceux qui me connaissaient peu sentaient la pression que je subissais chez moi, là où j'aurais dû me sentir le plus en sécurité, là où je me sentais le plus en danger. Je ne fermais pas à clef, pour pouvoir m'enfuir plus vite si nécessaire.
Je ne voudrais garder que le meilleur. Nos jeux du début. Cet amour absolu qu'il me vouait, avant de m'étouffer. Il m'arrivait, même dans les pires moments, de me dire que j'avais de la chance qu'un homme m'aime comme cela, de cette façon, avec autant de constance et de passion. Dommage qu'il veuille l'exprimer par la possessivité. Comment aurait-il pu faire autrement? Plus je sentais la pression se resserrer sur moi, plus je voulais prendre de la distance. Et plus il voulait m'enfermer encore davantage. Je ne voyais pas d'issue.
Un jour, il faudra que je me libère. On me répète que le temps est mon allié. Alors, j'attends. 
Par Esther Bonheur
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Mercredi 14 octobre 2009
Je suis allée sur la tombe de mon mari. Cela m'a fait du bien. Des fleurs embaumaient, des oiseaux chanteaient. C'est un endroit hors du temps. Je suis venue me recueillir "sur" sa tombe, je me suis retrouvée "devant" sa tombe. C'est le problème des incinérations. Les urnes s'alignent, rangées dans des cases, les unes au-dessus des autres.
Impossible de pleurer SUR sa tombe. Cela change tout. L'espace de la douleur n'est pas le même. Ce fut son souhait, et moi, je vais vivre debout DEVANT tout ce qui me reste de vie à vivre.
Je lui ai "parlé", à voix haute, ce que je ne fais jamais. J'ai eu l'impression qu'il me parlait, qu'il me répondait. Il me disait des paroles réconfortantes, comme jamais il ne le fit. Il me disait qu'il ne me jugeait pas, mais que si je devais faire les choses, autant que je les fasse bien: maigrir, m'habiller mieux, prendre soin de moi. Redevenir une jolie femme.
Faut-il que les hommes soient aveuglés par la taille de leur pénis en pleine bandaison pour qu'ils ne s'aperçoivent pas de ce que je suis vraiment ! Vieille, grosse et moche.
Et blessée aussi.
Par Esther Bonheur
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Mercredi 14 octobre 2009
2737 €. Voilà ce que je dois aux banques. Et je ne parle pas de ce que je dois à ceux qui m'ont prêté de l'argent et qui m'appellent régulièrement, me mettent la pression. Il va m'en falloir des passes pour rembourser tout ça. Et celui que je gagne comme cela compte double. Je le dépense avec parcimonie. J'ai gardé les 600 € de la nuit avec mon sultan. L'enveloppe est fermée. Cela me sécurise. C'est idiot, je devrais les déposer à la banque, combler partiellement mon découvert. Mais tant que je ne suis pas "opérationnelle", il me semble que je ne devrais pas les dépenser. Dé-penser. Est-ce vraiment l'inverse de penser ?
Par Esther Bonheur
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