Dimanche 4 octobre 2009
Un rêve de petite fille. Une boutique de chocolat. Il m'a baisée dans son arrière-boutique, vite fait, mal fait. Pas grave. J'ai eu mes billets. Il était très gentil, sympathique. Il m'a fait penser à mon beau-frère. Et veut me revoir, en plus!
Par Esther Bonheur
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Samedi 3 octobre 2009
J'avais espéré qu'il fût le dernier client. Il m'avait charmée, comme un serpent. Dans nos derniers échanges téléphoniques, il me parlait de vie commune, d'avoir un enfant. Il disait qu'il voudrait une "vraie" relation. Je savais qu'il était dans le fantasme. Mais je me laissais bercer par ses belles paroles. C'était doux à entendre. Je savais que cela fondrait dans la réalité de la vie, comme une truffe au chocolat dans la bouche. Ce fut le cas. En fait de vraie relation, il voulait me revoir "gratuitement". Ce n'est pas le premier à me le proposer. J'ai l'impression que je leur donne tellement l'impression d'être unique, qu'ils sont uniques qu'ils finissent par le croire, et s'imaginent que je serais prête à baiser pour rien. N'ont-ils donc pas compris que ce temps est fini?
Qu'importe ! Notre nuit fut mémorable, merveilleuse. Il est rentré dans l'un de mes fantasmes les plus forts, m'a permis de l'assouvir. Moi aussi, j'étais dans le rôle, j'ai adoré !
Le décor était magnifique, un hôtel de charme luxueux, voluptueux. Un cocon où épanouir mes désirs. Ici, je ne parle que de moi. C'est moi qui crie de jouissance.
Par Esther Bonheur
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Mardi 29 septembre 2009
Je suis étonnée qu'aucun homme, à part le pervers, ne se demande, ou du moins, ne me demande pourquoi je fais cela.
Ce doit être un tabou. J'imagine, naïvement, qu'ils culpabiliseraient de profiter de la situation désespérée dans laquelle je suis. Ou peut-être qu'ils s'en foutent, tout simplement.
Moi, je suis juste soulagée qu'ils payent pour me baiser.
Par Esther Bonheur
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Lundi 28 septembre 2009
Je le ressens encore ce mépris de l'autre, de ce pervers brutal. J'entends encore ses injures. Pour la seconde fois, je me suis sentie méprisée. Je me suis sentie pute.
Et aussi, un autre qui m'a posé un lapin. L'adresse était fausse. C'est si humiliant ! Il s'est amusé à me balader. Il se sait pas qui je suis.
Oh mon dieu ! Si d'aucuns savaient que j'ai fait une grande école, que j'ai accompli des choses que tous les êtres humains rêvent de réaliser (mais que je ne peux dévoiler ici sous peine de perdre mon anonymat) ! S'ils savaient à quel avenir j'étais promise !
Je suis déchue. C'est surtout vis-à-vis de mes enfants que cela me torture. Je n'arrive pas à assumer d'être maman et putain.
A présent, je ressens une immense compassion pour toutes les prostituées. Je n'éprouve plus l'opprobe que je ressentais auparavant à leur égard. Au contraire, elles méritent le respect. C'est du courage d'en arriver là et de le faire.
La prostitution a mille visages et l'un d'entre eux est le mien.
Par Esther Bonheur
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Dimanche 27 septembre 2009
J'éprouve un sentiment d'échec absolu. J'arrive au milieu de ma vie et je ne peux que pleurer sur mon triste sort, alors que mon existence semblait si bien partie. Avec mon audace naturelle, mon talent, mes dons. J'ai tout gâché. Je me suis ratatinée de l'intérieur, mon cerveau, ma mémoire, ma concentration. Au contact de ces deux hommes qui m'ont peu à peu détruite. Et j'avais sûrement besoin de cette destruction. Je ne sais pas pourquoi. Ma psy ramène tout au viol que j'ai subi. J'ai failli écrire "mon viol". Comme s'il m'avait appartenu. Or, il n'est rien de plus extérieur à moi que ce viol-là.
Aujourd'hui, je suis incapable de m'assumer, d'assumer mes enfants. Je suis dans une situation financière catastrophique. Comment en suis-je arrivée là? Et je n'arrive pas à remonter. Je vis au jour le jour avec l'argent que je gagne péniblement, sou après sou, passe après passe. Et ça ne passe pas. Je ne peux plus toucher à mon compte en banque. Oui, ce sont les banquiers les vrais dominants de la société, ce sont eux qui ont le pouvoir. Ce sont eux qui nous jettent à la rue, avec un ton de maître d'école : "Ah mais, il fallait prévoir, Madame!"
Faire le trottoir, c'est justement le moyen que j'ai trouvé pour l'éviter, pour fuir la rue qui me guette, qui me tend les bras.
Par Esther Bonheur
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Samedi 26 septembre 2009
Je commence à apprécier les soumis. Serait-ce eux les hommes honorables?
Ils sont dans la maîtrise de leur sexualité. Ils sont dans le respect de la femme, ils ont le goût de la choyer, d'être courtois et polis, toutes choses qui manquent à leurs congénères "normaux".
Avec eux, il faut que je me découvre dans ma force de femme. Je ne suis pas une petite chose fragile qu'il faut protéger. Je suis une reine précieuse qu'il faut préserver. La nuance est de taille. Je dois m'y faire. Car ma nature, mon éducation devrais-je dire, a fait de moi une femme soumise aux hommes.
Par Esther Bonheur
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Vendredi 25 septembre 2009
D'où vient-il? Comment est-il apparu?
Ce mépris des hommes et de leur sexualité bestiale. De leurs désirs qui les commandent et les dominent.
Oui, j'avais raison, un homme pense avec sa queue.
D'où le voile islamique. D'où l'oppression de la femme. D'où cette chance qui m'est donnée de pouvoir louer mes services sexuels, en femme libre.
Par Esther Bonheur
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Jeudi 24 septembre 2009
Mauvaise rencontre. Je le sentais mais j'y suis allée, j'ai tant besoin d'argent !
Un vieux, 60 ans. Célibataire, dépressif, fumeur, sans doute alcoolique, très seul et souffrant de cette solitude. Un pauvre type en somme.
Dès que nous avons passé le seuil de son appartement, sale au demeurant, il m'a fait mettre à genoux et m'a obligé à lui faire une fellation. Il me tordait la nuque, cela me faisait mal. Il m'a injuriée comme jamais je ne l'ai été. Toute la soirée fut à l'envi. Brutalité physique et verbale. Volonté de séquestration. Il a fallu que je reste douce et ferme, que je prenne sur moi. J'ai eu vraiment peur. En plus, il a rechigné à me payer. Il m'a fait un chèque ! J'espère qu'il sera approvisionné !
Il m'a même mis une claque. J'ai voulu partir, il m'en a empêchée, physiquement. Finalement, il existe des hommes bien plus violents que feu mon mari.
Il m'a traitée de tous le noms : pute, salope, chienne, connasse...
C'était assez difficile à supporter, même si je suis dans un rôle et qu'il ne connaît rien de moi, de la personne exceptionnelle et rare que je suis. C'est toujours douloureux à entendre.
J'ai même pleuré, ça l'excitait. Ce type est potentiellement dangereux à mon avis. Ou peut-être qu'il a même déjà été condamné.
Il voulait même devenir mon mac, que je lui obéisse. Il m'a menacée de me "corriger" si je ne faisais pas ce qu'il voulait!
En plus, il se répétait, c'était d'un ennui !
Quand il a exprimé le souhait de me "garder", alors qu'il était plus de minuit et que je voulais rentrer, quand j'ai compris qu'il ne me laisserait pas partir comme ça, j'ai eu l'idée de le faire jouir pour qu'il se lâche un peu.
Ce fut le cas. Il s'est détendu.
J'en ai profité pour me rhabiller. Il a voulu me montrer son ex, une pute soumise. Il m'a avoué que ça l'excitait une femme qui avait besoin d'argent et qui était obligée de faire ça. Il en abusait.
Puis, je me suis dirigée vers la porte. Il m'a encore injuriée.
Je suis sortie en vitesse, soulagée. J'ai dévalé les escaliers. Je me suis payée un taxi pour rentrer. La sécurité de la ville, de la rue... Pour qui n'a jamais vécu l'angoisse entre quatre murs, cela doit être incompréhensible.
Par Esther Bonheur
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Jeudi 17 septembre 2009
Je me souviens de tous. J'aime cette variété chez les hommes.
J'ai compté : en un mois, j'ai gagné 1950€. Je continue.
Par Esther Bonheur
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Jeudi 17 septembre 2009
J'ai une amie qui sait ce que je fais. C'est à elle que je dis où je suis, au cas où. Et je lui raconte ce que je vis. Extraits.
Moi : Je suis sortie. C'était bien. Enchaîner ne m'enchante pas mais bon (NDLA : un autre RV suivait).
Elle : Enchaînée ? Wouah. Rire. Et tout ça pour combien ? C'est quoi la suite ? Moi, suis bêtement au parc en train de lire. Pas la même vie. Sourire.
Moi : 200€ pour celui-là. 250€ pour le suivant. Pff! Je vais être éreintée! Et toi, ça va?
Elle : Très bien. Sourire. Courage ma belle, c'est pour la bonne cause. Le suivant, c'est pour quel genre de prestations?
Moi : Plan Q.
Elle : C'est toujours la même lettre tes RDV. Pour une littéraire... sourire. Allez, courage, tu gémis et tu penses à tes finances, euh, à nos finances (NDLA : elle m'a prêté de l'argent). Sourire.
Moi : il veut un strip-tease. Tu imagines l'épreuve pour une nana comme moi.
Elle : j'en ai bien fait moi ! Elles ont quoi en moins les nanas comme toi? Toi, tu as tout en plus. Que des atouts. Et moi, je l'ai fait avec plaisir. Il n'y a rien que j'ai fait que tu ne puisses pas faire. Sourire. Le contraire est à méditer. Sourire.
Moi : Ce fut nul mais bref. Pas de confirmation pour ce soir. Quartier libre mais pauvre.

Par Esther Bonheur
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