Je rentre dans ce monde, éberluée. J'y suis rentrée, curieuse, intéressée, la tête pleine de fantasmes. Cela n'a que peu à voir avec ce que j'imaginais. Je garde une bonne rencontre en mémoire,
celle avec le type chez qui j'ai dormi. Un peu d'amertume quand même quand je pense aux tarifs qui se pratiquent. Il a dû bien rigoler. Je l'ai fait payer cinq fois moins! Je le sais car hier, j'ai
eu un contact avec un jeune homme charmant qui s'est étranglé de surprise quand je lui ai annoncé ce que je demandais. Il m'a dit qu'il ne fallait pas demander si peu, il m'a donné les "vrais"
tarifs. En effet, c'est le double!
En même temps, je ne suis pas une de ces "bombasses russes", comme disent les clients, au physique de rêve.
De toute façon, je veux arrêter dès que possible, dès que j'aurais épongé mes dettes et que mes activités professionnels auront repris de façon plus régulière. En attendant, envie de les faire
raquer. Je dis cela avec rage. Je suis allée sur des forums, oui ça existe! où les clients évaluent les prostituées, échangent leurs bonnes adresses. Ce sont des forums internationaux, donc ils
parlent aussi bien de ce qui se passe en Allemagne, en Belgique, en France, en Espagne. La France est, selon eux, le parent pauvre. Ailleurs, il existe des bordels où ils peuvent tringler à loisir
pour pas cher. Je suis écoeurée. La voilà la dégradation de la femme. Ici, pas question de parler seulement d'image. On est dans le réel, dans le concret! Et ces hommes, pour la plupart, ignorent
totalement la réalité sordide de la prostitution. Le seul motif en est l'argent. Ils n'ont pas l'air de le voir! La majorité y va pour éviter la "parade nuptiale de la drague", pour se
l'économiser. Ils sont réduits au rang de bête en rut. Certains imaginent que les prostituées ont choisi ce "métier". Tous veulent se convaincre qu'elles aiment ça, même s'ils ne sont pas tout à
fait dupes. "Elles ne doivent pas tellement aimer la sodomie, sinon, pourquoi demanderaient-elles un supplément?" fait remarquer un intervenant ; j'aurais envie d'ajouter : elles ne doivent pas
tellement aimer se faire baiser non plus, sinon pourquoi se faire payer? Pour une femme qui veut juste se faire baiser, il suffit de descendre dans la rue, dans un bar,n'importe où, et elle
trouvera un volontaire. Donc, c'est bien l'argent qui les motive, et seulement l'argent. La plupart de ces hommes sont des habitués. Certains ne vont quasiment qu'aux putes. Incapables de donner,
incapables d'aimer, ils ne peuvent qu'acheter.
Que peut-on faire ? Est-il souhaitable de faire? Moi-même, ne suis-je pas bienheureuse que des hommes soient prêts à me payer pour ça? Sans doute, je préférais être payée à faire mon métier, mais
c'est plus difficile, plus lent à mettre en place, et depuis le coup dur qui m'est arrivé, je ne parviens pas à remonter la pente.
La force du sexe, c'est que l'envie des hommes est immédiate et apparemment irrépressible. Donc, c'est une garantie d'obtenir de l'argent rapidement. Alors que dans mon métier, l'offre est
largement supérieure à la demande. Dans la prostitution, il semble que ce soit l'inverse. La demande des hommes est supérieure à l'offre de filles, et pourtant, Dieu sait s'il y en a! Sinon,
comment expliquer l'existence de ce "marché"?
Quand je repense à ce qui m'est arrivé l'autre jour, je me dis qu'avoir un mac peut présenter des avantages. Je dis cela et je n'en pense pas un mot. Je ne pense pas qu'il existe un homme qui se
veuille vraiment garde du corps, protecteur au sens noble du terme. Dommage.
Je commence à perdre le sommeil et à pleurer pour un rien.