Je pense au cliché : "Chéri, comment tu veux m'appeler?"
Je l'ai vécu. Deux de mes clients (comment les appeler autrement?) ont voulu me renommer. J'avais déjà pris un pseudo évidemment. Mais ils voulaient choisir un nom qui leur convenait, qu'ils
choisiraient.
Cela fait partie de la prise de pouvoir sur moi, sur la femme que je suis.
Se réapproprier mon identité. La détenir dans sa main.
Moi, je l'accepte, comme un jeu de rôle, un déguisement supplémentaire.
C'est presque plus facile de se glisser dans la peau d'une autre, de celle qu'ils veulent à leur disposition.
Par Esther Bonheur
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Moi la féministe, moi la féminine, moi la femme, moi la fille... je dis merci d'avoir un corps que les hommes sont prêts à payer pour toucher.
Autrement, que me resterait-il ?
Heureusement que les femmes ont encore cela et ceux-là !
Je me ferais incendier par les chiennes de garde, probablement des femmes qui n'ont jamais connu ce manque à ce point. Il faut être bourgeoise pour être résistante. Moi, je ne suis que humble.
Par Esther Bonheur
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Aujourd'hui, je vais bien.
J'ai commencé à dépenser l'argent. Essence, fruits et légumes.
Pendant que j'étais là-bas, je me suis dit : "Pense à tes enfants". Et après, j'ai ajouté : "Non, ne pense pas à tes enfants". Les deux sont vrais.
Aujourd'hui, mes enfants ont à manger.
Et c'est grâce à cet argent.
Cet argent gagné à la sueur de mon cul.
Après-demain, j'ai rendez-vous chez mon psy. Je vais la payer aussi avec cet argent. Quelle sorte d'ironie!
Par Esther Bonheur
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200 euros. J'ai regardé ces billets comme s'ils valaient le double. Je n'ai pas envie de les dépenser. Ils m'ont coûté cher.
J'ai joui quand même. Lui a été assez long. Deux heures et demie de baise. J'avais l'impression d'avoir Niels Arestrup dans la Dérobade ! Il m'a crachée dessus, ça l'excitait. Je ne voulais pas.
Après, il s'est excusé. Heureusement. J'étais contente de ma première "prestation". Il avait un membre magnifique, long et épais. J'ai beaucoup aimé sentir ses cuisses musclées écarter mes
jambes quand il m'a pénétrée. Il était sportif, bien mis. Et moi, avec mes vingt kilos de trop, mon ventre qui pend, mes fesses flasques, mes seins qui tombent, je me suis fait payer pour me faire
baiser, un homme a estimé que je valais suffisamment pour qu'il me paye pour me sauter.
Je lui ai laissé me faire des choses que je refusais à mon mari. J'ai demandé pardon à celui-ci pendant que je me faisais prendre. Par un hasard incroyable, il faisait le même métier que mon époux.
Je n'ai rien dit évidemment.
Après, comment vais-je le vivre ?
Demain, que sera demain ?
Par Esther Bonheur
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Je me suis excusée. Lui aussi. On a renoué le contact. Il a l'air doux et gentil. Pas du tout du même milieu que moi. Je m'imagine que ça simplifiera les choses. Je serais une sorte d'ange
bleu.
Je le rencontre tout à l'heure autour d'un verre.
Après, j'ai un rendez-vous galant avec un autre, pour mon premier passage à l'acte.
Je suis acculée.
Il faut que je le vive bien. C'est là où mon intelligence peut me servir.
Par Esther Bonheur
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Je me suis comportée en p... alors il m'a traitée en p...
Pourtant, il était "idéal", il avait l'air doux et gentil. J'ai tout gâché.
C'est une leçon de vie pour moi.
J'apprends le respect de moi-même.
C'est une leçon qui fait mal à l'intérieur, qui noue quelque chose dans mon ventre.
Par Esther Bonheur
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La plupart sont mariés. Et je m'en fous des autres femmes. Aux orties la solidarité féminine !
C'est mon instinct maternel qui me guide. Nourrir mes enfants. Je les ai portés dans mon corps. Je peux bien vendre celui-ci pour eux. Je suis libre.
Par Esther Bonheur
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Il me semble apercevoir une ombre, cette ombre familière du gouffre qui m'appelle, le gouffre où je me suis déjà jetée, à corps perdu, voilà de longues années, une fois, puis une deuxième fois. Et
là ?
En suis-je sortie ?
Où ne suis-je qu'agrippée comme une désespérée au rebord ?
Par Esther Bonheur
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D'où me vient ce sentiment amazone qu'un homme me respecte dès lors qu'il me paye ?
Par Esther Bonheur
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En même temps, je vais enfin pouvoir oser des choses, m'habiller comme une pute par exemple, avec un string ouvert, des bas résilles rouges, toutes choses d'une vulgarité sans nom mais atrocement
amusante, et pourquoi pas excitante, si je vois que ça excite l'autre, en face.
Par Esther Bonheur
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